Le changement climatique menace les zones de production de plusieurs matières premières végétales essentielles à la cosmétique. Pour une entreprise du secteur, la conséquence la plus concrète est de devoir changer de fournisseur, d'origine ou d'ingrédient. Chacun de ces changements engage le système qualité ISO 22716, le dossier d'information produit, l'évaluation de la sécurité, les allégations et, selon les cas, le protocole de Nagoya.

Ce que révèle l'étude publiée par la FEBEA

En juin 2026, la Fédération des Entreprises de la Beauté (FEBEA) a publié un guide sur la menace que le changement climatique fait peser sur l'approvisionnement du secteur. Il s'agit d'une étude biogéographique consacrée à huit matières premières végétales : palme, coco, argan, karité, colza, maïs, tournesol et betterave.

L'étude modélise leur évolution aux horizons 2050 et 2070. Deux tendances ressortent de la présentation publique du guide. Dans les scénarios les plus pessimistes, les cultures tropicales pourraient perdre une part importante des zones où le climat leur reste favorable. Les zones optimales des cultures tempérées, elles, se décaleraient progressivement vers le nord.

La FEBEA propose aussi une méthode pour croiser deux critères : la criticité d'une matière première pour l'activité et sa sensibilité au climat. Parmi les leviers d'adaptation cités figurent l'agroforesterie, l'agriculture régénératrice, la sélection variétale, la diversification géographique, la traçabilité et la sécurisation contractuelle des filières.

Le guide complet est réservé aux adhérents de la FEBEA. La présentation publique est disponible sur febea.fr.

Diversifier ses sources, c'est gérer un changement

Les leviers de la FEBEA se situent surtout en amont, dans les filières agricoles. Pour un fabricant ou une personne responsable, l'effet le plus immédiat se produit en aval. Il faudra qualifier un nouveau fournisseur, accepter une origine différente, ou remplacer un ingrédient devenu rare ou trop cher.

Une huile végétale de même dénomination INCI n'a pas forcément le même profil d'une origine à l'autre. Plusieurs paramètres peuvent varier : composition en acides gras, fraction insaponifiable, stabilité oxydative, résidus de pesticides, contaminants, charge microbiologique. Ce qui compte n'est pas le nom de l'ingrédient, c'est sa spécification.

Qualifier la nouvelle matière première selon l'ISO 22716

Les BPF cosmétiques encadrent les achats, la réception et l'acceptation des matières premières. Un nouveau fournisseur ou une nouvelle origine suppose donc de revoir le cahier des charges, les spécifications et les critères d'acceptation, ainsi que le plan de contrôle à réception. Une mise à jour de l'évaluation fournisseur est aussi nécessaire. Remplacer une source dans l'urgence, pendant une tension d'approvisionnement, est précisément la situation où ces étapes risquent d'être raccourcies.

Formations associées : "Maîtriser la qualité des matières premières pour être en conformité avec l'ISO 22716" - Ref : CMQM  et "Le cahier des charges, un maillon essentiel dans la maîtrise des sous-traitants" - Ref : CCST.

Évaluer l'impact sur la formule

Remplacer une matière première, même par un équivalent supposé, peut modifier la stabilité, la texture, la compatibilité avec l'emballage ou la conservation. Il faut traiter ce changement comme une modification de formule, avec une analyse de risque documentée. Cette analyse détermine les essais à refaire : stabilité, compatibilité contenant et contenu, challenge test.

Formations associées : "Gestion des risques et maîtrise des changements liés à une modification de formule" - Ref : GFORCOS et "Gestion des risques en industrie cosmétique : intégration des outils AMDEC et HACCP" - Ref : RISKCOS.

Mettre à jour le DIP et, si nécessaire, le rapport de sécurité

Le règlement (CE) n° 1223/2009 impose que le dossier d'information produit soit tenu à jour (article 11). Il impose aussi une évaluation de la sécurité fondée sur les informations de l'annexe I (article 10), qui incluent les impuretés et les traces. Si le changement d'origine modifie le profil d'impuretés ou la spécification, l'évaluateur de la sécurité doit en être informé. Il lui revient de juger si la conclusion du rapport reste valable.

Formations associées : "DIP : créer et gérer votre dossier cosmétique en conformité avec le règlement européen" - Ref : DOSCOS et "Évaluation de la sécurité des produits cosmétiques" - Ref : RISKCOS.

Vérifier la conformité REACH de la nouvelle chaîne

Un changement de fournisseur, surtout hors de l'Union européenne, peut déplacer les obligations d'enregistrement REACH vers l'importateur. Il faut vérifier qui porte l'enregistrement de la substance dans la nouvelle chaîne d'approvisionnement.

Formation associée : "Le règlement REACH et l'industrie cosmétique" - Ref : RCOS.

Nouvelles origines : le point d'attention Nagoya

La diversification géographique est l'un des leviers mis en avant par la FEBEA. Elle peut conduire à travailler de nouvelles ressources végétales, ou des ressources connues issues de nouveaux pays. Le protocole de Nagoya encadre l'accès aux ressources génétiques et le partage des avantages tirés de leur utilisation (APA). Dans l'Union européenne, il est mis en œuvre par le règlement (UE) n° 511/2014. En France, la loi de 2016 pour la reconquête de la biodiversité a créé un dispositif d'accès dédié.

La distinction clé porte sur l'usage. Acheter une huile comme simple matière première relève en principe du négoce. Mener des travaux de recherche et développement sur une nouvelle ressource ou un nouvel extrait peut constituer une utilisation au sens du protocole. Selon le pays fournisseur, cela entraîne alors des obligations de diligence et de traçabilité. Ce point doit être examiné avant tout projet de sourcing alternatif orienté innovation, et non après.

Formations associées : "Protocole de Nagoya : identifier les enjeux et les obligations pour les industries cosmétiques" - Ref : NAGCOS et  "Biodiversité - Protocole de Nagoya sur l'accès et le partage des avantages : brevabilité et contrats de partenariat" - Ref : NAGCOS2.

Allégations : une origine qui change, un discours à revérifier

Les mentions d'origine, de naturalité ou d'engagement environnemental reposent sur une chaîne d'approvisionnement précise. Si celle-ci change, la preuve qui fonde l'allégation peut ne plus tenir. Les allégations cosmétiques doivent déjà respecter les critères communs du règlement (UE) n° 655/2013, dont la sincérité et l'existence d'éléments probants.

Le contexte se durcit. La directive (UE) 2024/825, dite « EmpCo », s'applique à partir du 27 septembre 2026. Elle encadre strictement les allégations environnementales génériques et impose que les labels de durabilité privés reposent sur un système de certification. Elle interdit aussi de justifier la neutralité carbone d'un produit par la compensation. Une entreprise qui réorganise ses approvisionnements sous contrainte climatique a donc intérêt à relire ses emballages, fiches produits et contenus en ligne en même temps.

Formation associée : "Allégations et publicité des produits cosmétiques : réglementation, preuves, revendications" - Ref : COSPUB.

Mesurer pour arbitrer

La méthode de la FEBEA croise criticité et sensibilité climatique. Pour la décliner en interne, il faut des données : volumes par matière première, part de chaque origine, dépendance à un fournisseur unique, impact environnemental des alternatives envisagées. L'analyse du cycle de vie permet de vérifier qu'une substitution ne déplace pas simplement l'impact d'une étape à une autre.

Formations associées : "Analyse du cycle de vie : évaluer et optimiser les impacts environnementaux de ses produits cosmétiques" - Ref : ACVCOS et, "RSE et achats responsables : créez et déployez votre stratégie d'achats responsables" - Ref : RSEACHAT.

Cinq questions à poser pour chaque matière première critique

QuestionFonction concernée
Quelle part de nos volumes dépend d'une seule zone de production ou d'un seul fournisseur ?Achats, supply chain
Nos spécifications sont-elles assez précises pour détecter une variation liée à l'origine ?Contrôle qualité
Avons-nous une procédure de maîtrise des changements applicable à une substitution de matière première ?Assurance qualité, R&D
Quels DIP, rapports de sécurité et allégations seraient touchés par un changement d'origine ?Réglementaire, marketing
Une source alternative relève-t-elle du protocole de Nagoya ou déplace-t-elle une obligation REACH ?Réglementaire, juridique

Questions fréquentes

Quelles matières premières cosmétiques sont étudiées par la FEBEA ? Le guide publié par la FEBEA en juin 2026 porte sur huit matières premières végétales : palme, coco, argan, karité, colza, maïs, tournesol et betterave. Il modélise leur évolution aux horizons 2050 et 2070.

Le changement de fournisseur d'une matière première cosmétique impose-t-il de refaire l'évaluation de la sécurité ? Pas systématiquement. Le DIP doit être tenu à jour. Si le changement modifie la spécification ou le profil d'impuretés de la matière première, l'évaluateur de la sécurité doit en être informé pour juger si le rapport de sécurité reste valable.

Le protocole de Nagoya s'applique-t-il à l'achat d'une huile végétale ? L'achat d'une matière première utilisée comme telle relève en principe du négoce. Les obligations APA concernent surtout l'utilisation d'une ressource génétique en recherche et développement. L'analyse dépend du pays d'origine et du projet, et doit être faite au cas par cas.

Qu'est-ce qui change pour les allégations environnementales des cosmétiques en 2026 ? La directive (UE) 2024/825 s'applique à partir du 27 septembre 2026. Elle encadre strictement les allégations environnementales génériques, impose une certification pour les labels de durabilité privés et interdit de justifier la neutralité carbone par la compensation.

Quelles formations pour anticiper ces changements ? IFIS Cosmétique propose des formations inter-entreprises sur la qualité des matières premières selon l'ISO 22716, la maîtrise des changements de formule, le DIP, l'évaluation de la sécurité, les allégations, le règlement REACH, le protocole de Nagoya et l'analyse du cycle de vie.

 

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SOURCES

FEBEA, « Changement climatique : quelles conséquences pour les matières premières de la cosmétique ? », 23 juin 2026 : https://www.febea.fr/actualites/changement-climatique-quelles-consequences-matieres-premieres-la-cosmetique